Pourquoi on hésite à prendre une femme de ménage ?

Oui c’est vrai ça, tout le monde le dit « Mais prenez une femme de ménage ! » Et pourtant certains foyers en banlieue s’y refusent. Pourquoi? Les réponses de Christine Castelain-Meunier, sociologue.

Mais pourquoi tu ne prends pas quelqu’un pour t’aider ?

Les hommes ne font pas plus le ménage qu’avant : environ deux heures par jour de tâches domestiques depuis 25 ans selon l’Insee ! Les femmes, elles, ont gagné seulement une petite heure en 25 ans : elles plafonnent  à trois heures par jour de vaisselle, balais et autres plaisirs. D’ailleurs,  le taux de recours à une aide ménagère ne fait pas rêver. Depuis 1999, il est resté stable à 7 %.  Évidemment, le travail au noir dans l’emploi à domicile en forte progression oblige à relativiser ces chiffres mais n’empêche, une frange de la population plutôt aisée fait le choix de se débrouiller toute seule avec son aspirateur. « Donner les tâches ingrates à d’autres femmes, les payer au black, non merci ! » précise Laure, 33 ans, un enfant à Gennevilliers. Louise, 32 ans, 2 enfants, une petite maison à Montrouge poursuit : « Je repousse tous les jours. Arrivée le samedi matin, j’ai envie de tout sauf d’enfiler mes gants Mappa. Alors on passe le week-end avec cette boule au ventre et on procrastine jusqu’à la semaine prochaine. Ca se termine en ménage géant un dimanche ensoleillé, toute la famille bosse en pestant. Une fois que c’est terminé on se dit « c’est bête, on aurait du le faire plus tôt, on se sent mieux ! ». Il ne se passe pas une semaine sans qu’une âme charitable, mère, voisine, ami, ne me conseille de « prendre quelqu’un », explique cette maman agacée par son propre comportement. Alors quelles raisons peuvent dicter cette conduite ?

Une femme de ménage, ça coûte un bras !

Pour Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS et auteur de Le ménage, la fée, la sorcière et l’homme nouveau (Stock, 2013), la question des sous bloque. « Les services d’une femme de ménage ne pesaient pas grand chose dans le budget de nos grands-mères, elles avaient une « petite couturière », une « petite cuisinière », ce n’était pas forcément réglementé ». Aujourd’hui, c’est une profession à part entière qui oblige les familles à signer un contrat et payer un salaire (entre 20 et 25 euros de l’heure, avant déduction d’impôts, via une entreprise de services à la personne en région parisienne). En somme tout le monde ne peut pas aujourd’hui se payer une femme de ménage en Ile de France. Ou alors préfère consacrer cette coquette somme à d’autres besoins. « Franchement, j’aime mieux utiliser cet argent pour faire des sorties ou économiser pour les vacances » explique Sarah, cadre supérieure et mère de deux enfants à Montreuil qui préfère tout assumer. Soit près de 199h de ménage en moyenne par an !

Déléguer le ménage = perdre le contrôle

Et les réfractaires aux services d’une femme de ménage possèdent d’autres arguments : « Ce n’est pas toujours fait comme je veux », explique Vanessa, 36 ans maman d’une petite fille à Vitry-sur-Seine et propriétaire d’un appartement impeccable le long de la Seine. La sociologue corrobore « Laisser son ménage est un choix fort. Il faut accepter que quelqu’un d’autre, en l’occurrence une autre femme, prenne les rênes de son intérieur ». Cela peut donc être vécu comme une perte de contrôle. « Souvent les femmes de ménage déplacent les objets pour prouver qu’elles ont bien fait leur boulot. Or, cette empreinte de leur passage irrite justement les femmes ! » raconte la spécialiste.
« En revanche, pas de problème pour laisser le repassage à ma femme de ménage ! Elle vient une fois par semaine et gère la montagne de linge en deux heures ! », poursuit Vanessa. « En effet, les femmes délèguent de plus en plus des tâches circonscrites comme le repassage, le lavage des vitres ou le cirage du parquet. Cela leur permet de concilier besoin d’aide et volonté de continuer à gérer leur foyer. Elles préparent le tas de vêtements, les produits à utiliser et font le bilan après la prestation » explique l’experte.

En vrai, on kiffe grave le ménage

Surtout que les familes qui habitent au-delà du périph’ pour bénéficier d’un logement plus grand, voire d’un jardin et souvent devenir propriétaires, attachent beaucoup d’importance à leur intérieur. « Avant je raisonnais différemment, notre appart’ était petit, nous ne l’avions pas vraiment décoré et je ne m’inquiétais pas pour l’état à long terme de ma tomette ! », explique Sarah ancienne locataire dans le 20ème. Pour la sociologue, le syndrome « fée du logis » touche plus facilement les mères de famille installées que celles encore en transit dans la capitale. Et ce indépendamment du temps dont elle dispose pour entretenir leur maisonnée. « L’agencement et l’état de leur habitat sont une prolongation de la personnalité. Ranger, nettoyer, entretenir constituent aussi des tâches plaisantes, parfois relaxantes. En tout cas, elles permettent de ne pas se désinvestir de son chez-soi et donc quelque part de s’occuper aussi de soi. »

Une femme de ménage, c’est gênant, non ?

Par ailleurs, d’autres freins empêchent toutes les familles de banlieue qui en auraient les moyens d’embaucher une femme de ménage. Il y a d’abord la volonté de rester tranquille chez soi. Une personne extérieure vient bousculer le havre de paix qu’on s’est construit. La promiscuité est embarrassante comme le décrit Sarah « J’ai essayé de prendre quelqu’un qui venait le vendredi après-midi car je finis mon travail plus tôt mais je me demandais toujours ce qu’elle faisait, je n’étais pas tranquille et pas vraiment chez moi ! ». Quant aux hommes, ils craignent encore plus de devoir gérer ce rapport : donner des ordres à une inconnue, se reposer alors qu’elle travaille à côté. « En général, ils se mettent à l’ordinateur pour se donner une contenance ! » caricature la sociologue.

Faire le ménage avant que la femme de ménage n’arrive…

« Ou alors il faudrait trouver une personne qu’on connaît intimement mais ce genre de lien maternant disparaît aussi » poursuit la sociologue. Reste à faire venir l’anonyme lorsqu’on est absent. Mais cela suppose une relation de confiance absolue, laisser une clé, ne pas pouvoir vérifier les façons de nettoyer… Et accepter l’idée qu’une personne (souvent une autre femme) constatera le souk absolu de la maison ce  matin. « Il y a même des mères de famille qui rangent avant le passage de la femme de ménage de peur d’être jugées sur le désordre… » confie la sociologue. Nous voilà démasquées…

Et vous, avez-vous pris une femme de ménage  ?

K.A-B

Showing 3 comments
  • Mélanie
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    Non ! Et je freine des 4 fers alors que mon mari adorerait (mais pas au point de se mettre lui-même en quête des démarches…). L’idée que quelqu’un vienne chez moi m’est insupportable ; j’ai vécu quelques mois dans les travaux récemment j’ai souffert, vraiment !
    Et puis pas du tout accessoirement il y a quelque chose à creuser dans la « catégorisation sociale » que ça induit. J’aurais l’impression de passer un cap, de m’embourgeoiser (alors que mes voisins qui a priori ont un budget inférieur au nôtre y ont recours, donc c’est pas une question de moyens !) et je ne suis pas sûre d’être au clair avec ça, venant d’une famille mixte de ce point de vue (grosse différence de classe sociale entre mon père et ma mère qui n’a pas toujours été bien gérée). Bref, c’est pas gagné tout ça…

  • Helene
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    Pour ma part, j’ai ressenti beaucoup de culpabilité au départ.
    Mais avec notre installation en banlieue, nous avons multiplié les m2 et les enfants, et la culpabilité s’est envolée!
    Je ne reste jamais assise à ne rien faire quand elle est là. Je la vois comme une aide, qui me permet ce jour là de rattraper mon retard (car on accumule forcement un peu à 2 lessives par jour, des repas à acheter et cuisiner pour 5 tous les soirs et de 2 à 4 tous les midis; et j’en passe).
    Au final, je suis très contente d’avoir fait ce choix!

  • Vanessa
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    Nous, on a franchi le cap il y a 4 ans. J’en avais assez de passer mes week-ends entre copies et ménage. Comme je râlais souvent ma mère m’a dit « prends une femme de ménage, la mienne » et c’est vrai que je connaissais cette dernière depuis des années, elle m’était sympathique. On s’est mis d’accord et je lui ai dit ce que je voulais précisément car je suis maniaque et depuis lors tout se passe parfaitement. Ce qui ne m’empêche pas de passer l’aspirateur tous les jours (plusieurs fois) et de briquer à fond les salles de bain tous les mois. On ne se refait pas.

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