Ma sweet banlieue pourrie*

Ceci est un billet heureux sur la rentrée en banlieue (si, si, lisez-le).
Je suis une juillettiste. Parce que j’aime Paris et sa banlieue en août. Parce que j’aime me prendre le contraste d’avec les vacances en pleine face. Le soleil bien haut qui éclaire les rues trop grises. La chaleur orageuse qui fait grimper la pollution. Les commerces un peu vides qu’on arpente à la recherche d’une trousse et d’une paire de baskets pour la rentrée. L’effervescence de septembre qui donne envie de longer les quais et de se refaire le Louvre, les bouquinistes et le petit bistrot là-bas qu’on adore.

J’avoue, lorsque la voiture s’engage sous la pluie dans la zone industrielle, le coffre de toit plein à craquer de serviettes de plage avec la musique des vacances à fond pour amuser les enfants. J’avoue, je trouve ça moche. Moche et légèrement crado. Pourquoi on habiterait ici non de non ? Pourquoi on rentre s’entasser comme ça dans le RER ? Dans la file du Drive ? Pourquoi on aurait pas droit à la mer, les champs, la montagne ? Qu’est-ce qu’on a raté pour mériter tout ça ? Alors que j’ai pris Allemand LV1, option latin en quatrième !

Et petit à petit, à mesure qu’on roule vers la maison, la tendresse opère. Les papiers qui traînent sur le bitume près de l’école, le bazar des voitures en double file, les pommes poussiéreuses sur l’étalage de l’épicier. Tous ces détails déprimants redeviennent le décor de notre vie. La nostalgie se fout de l’esthétique. Elle me noue la gorge et me balance mes plus beaux souvenirs de banlieue au visage. Le retour de la kermesse les enfants pleins de sucre et de maquillage. Cette odeur de bois, de soupe, de lumière à l’intérieur des maisons. Le gros chat près de la crèche. La baguette à l’ancienne chaude qu’on dévore sur le chemin. Le parfum de l’herbe après l’arrosage le soir, celui qui fait des petites tâches de terre noire sur les chaussons des enfants.

En entrant dans la maison la magie se poursuit. Ça sent le frais de juillet capturé. Et lorsque je découvre le courrier tout mélangé d’un mois d’absence, je suis contente d’avoir quelques flyers pour commander des pizzas bien grasses.

Ça veut dire qu’on va ouvrir les volets et secouer nos sacs de plage dans le jardin, revoir les cousins, les copains, les copines. Ça veut dire qu’on va garder nos tongs encore un peu pour faire semblant d’être au camping. Ça veut dire qu’on a bronzé, rigolé, ramené des spécialités locales (avé l’accent). Ça veut dire qu’on est une famille pleine de souvenirs et de projets. Ça veut dire on est chanceux, heureux, chanceux (c’est pas moi c’est les infos qui me le disent tous les jours).

Bref, l’important n’est pas le lieu où on rentre. Mais la vie qu’on y retrouve. (J’aurais du être sociologue je ne savais pas que ça existait quand j’épluchais les brochures de l’Onisep en 98). Tout est une histoire de contenu et de contenant. A quoi servirait d’avoir un décor parfait sans le plaisir d’une vie qu’on a choisie ? A quoi servirait le beau contenant avec un contenu défaillant ? Alors maintenant quand je déprime un peu parce que le bruit des bus ou les légumes fanés, je me remémore cette conclusion. Contenu et contenant. Et ça va merci je me sens bien. L’Atlantique au bout de la Seine au bout de ma rue. La Tour Eiffel si je longe la voie ferrée à ma droite (si j’ai la maison dans le dos). Et tous mes souvenirs et mes projets et mes joies et mes peines à l’intérieur de ma petite cage thoracique. La banlieue force à se recentrer. Pas se replier. Seulement mieux se connaître.

 

* Tout droit réservé à Anis, chanteur de la chanson « Cergy » que je vous recommande chaudement d’ailleurs. Écoutez ça.

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