École : les 10 trucs à digérer (après ça va mieux)

Plus de notes, de fournitures à acheter, de sorties, de devoirs… J’ai d’abord cru que c’était la faute de la banlieue. Ensuite de l’école publique. Puis j’ai compris que c’était à moi de changer. Vite.

L’absence de notes

Avec un mari instit’ et en tant qu’auteure d’un manuel scolaire, j’étais au courant : les notes ont été remplacées par des couleurs ou des lettres depuis belle lurette. Mais le jour où j’ai été confrontée au livret et ses 200 compétences sans avoir vu aucun contrôle, aucun sur dix, aucun sur 20, j’ai ronchonné pire qu’une vieille grand-mère à la caisse du supermarché. Puis j’ai écouté, débattu, réfléchi. Après tout, à quoi ça servait toutes ces notes à part mettre la pression ? A rien.

L’absence de spectacle de fin d’année

Là, j’avoue, ça a été rude. Je me voyais déjà applaudir ma fille les larmes aux yeux pendant qu’elle déclamait son poème à la lueur de juin. Finalement la kermesse a eu lieu avec plus de 400 élèves déchaînés dans un nuage de merguez. Et j’ai compati avec les enseignants. Où, quand, comment auraient-ils pu organiser ce moment so 80’s dans la cour enfumée ? Finalement, le spectacle de fin d’année se joue à peu près tous les soirs dans le salon et au club vacances en juillet. Et ça va bien, je pleure assez pour me sentir maman.

L’absence de fournitures à acheter

La mairie ici fournit tout. Du cartable au bâton colle en passant par les crayons et les cahiers. On me prive donc aussi du plaisir de faire la queue le samedi à la papeterie. Bien bien bien. Là encore, comment se plaindre sans passer pour une maboule ? Aucun moyen. Baisser la tête et remercier la ville. Et acheter des gommes en forme de fleur en cachette des maîtresses.

L’absence de cadeaux pour les fêtes

Rien à Noël. Pas mon genre de m’en offusquer. J’applaudis même cette démonstration de laïcité. Mais rien à la fête des mères ? Ni des pères ? C’est pas que je sois attachée à la France de Pétain mais le cœur en pâte à sel c’était pas compris dans le package à la maternité ? Puis encore une fois, j’ai réfléchi. Et si les programmes étaient plus urgents à boucler ? J’ai même poussé jusqu’à maintenir le cadeau de fin d’année à la maîtresse pour montrer comment j’étais progressiste mais reconnaissante.

L’absence d’activités le midi

Oh le grand débat. Pas assez d’animateurs. Ni de papier pour imprimer le programme des trois ateliers. Ni de salle pour accueillir toute cette marmaille après la cantine. J’ai eu du mal avec l’idée de laisser ma fille jouer aux Pet Shop sur le bitume (voire avec  des cailloux) pendant 1h40 chaque jour et je me suis rappelée un truc que je dis souvent. Laissons les enfants s’ennuyer ils en ont besoin pour grandir/rêver/devenir !

Martine au périscolaire

[Je ne résiste pas à l’envie de vous montrer ce photo-montage posté par un enseignant sur Twitter.]

L’absence de calme à la sortie

Là encore il s’agit de tourner la page des 80’s. Les feuilles mortes entre les jambes des mamans au foyer qui sont là tous les jours à 16H30 pour donner des chouquettes et prendre les enfants de ceux qui ont des mamans qui travaillent (les pauvres !). Sans blague, les choses ont changé. Ça se bouscule à 28 par classe. Les grands-parents, les nounous avec trois bébés par poussette, les grands frères qui viennent en bande, les enfants qui rentrent tout seuls de l’école. Why not ? Je me poste un peu en retrait et j’attends de voir le visage de ma poupée sortir de tout ce brouhaha. L’émotion est restée. Et des fois j’amène même un pain au chocolat.

L’absence de sorties dans l’année

Plan Vigipirate rouge rouge rouge. Pas moyen de discuter ni de commenter d’ailleurs. Ça me dépasse alors je n’ai plus qu’à proposer à la maîtresse des idées de sorties à faire à pieds. Je cherche encore. A part visiter l’arrière-cuisine de la boulangerie ou faire une expo de mes croûtes Ikea dans le jardin, pas d’idée miracle pour l’instant. Alors je mets le paquet le week-end et on sillonne l’Île-de-France en famille.

L’absence de copines dans la classe

Ok j’exagère. Cela n’a rien à voir avec 2015, la banlieue, l’école publique ou la réforme de la carte scolaire. Même si mon cœur de maman se serre comme une pom’pote qu’on aspire lorsque je découvre les listes de classes de la malchance. Et pourtant ça lui apprendra la vie ce genre de situation. D’ailleurs, elle a déjà des nouvelles copines. Trop sociable ma fille.

L’absence de devoirs (plus de 3 minutes)

J’avais le souvenir de devoir m’attabler longuement entre la tartine de Nutella et « Youpi l’école est finie ». Aujourd’hui, c’est plus une séance à la volée au moment du bain ou de couper les courgettes. Raconte-moi ta poésie. Comment s’écrit « maîtresse » ? Et je lui fais réviser un tas de trucs l’air de rien un peu tout le temps à la moindre occasion/question/découverte. La version Montessori des devoirs qui seraient devenus… des droits (Oh la belle phrase).

L’absence de travail la dernière semaine de l’année

Là, je m’insurge, je monte au créneau, j’en fais une affaire personnelle. C’est quoi le problème ? Vous avez déjà vu un salarié déclarer à son boss : « Cette semaine, je mate des vidéos sur You Tube parce que vendredi, c’est LES VACANCES ! » Mais peut-être que je vais comprendre sur le tard ce dernier point. En tout cas, pour le moment, je m’inscris sur la liste pour être parent délégué et ça va swinguer au conseil d’école (si l’équipe enseignante de ma fille me lit, qu’elle reste clémente je crois que je deviens vraiment très vieille*).

Et vous des trucs qui vous agacent à l’école en banlieue ? (Allez-y, vous aurez toujours l’air moins réac’ que moi)

K.A-B

Showing 3 comments
  • Mélanie
    Répondre

    Aaaah ah ah ah ah. Ah. Ah. Ah. 😀
    Je kiffe trop le montage des Martine au périsco, tellement ça. Je me souviens des ateliers bleus de très grande qualité dans une autre ville…
    Et moi perso : si, ça me gonfle très fort les non-activités le midi parce que tout simplement on n’était pas obligés d’augmenter le temps méridien, il y aurait eu d’autres possibilités avec de la bonne volonté. Mais je vais pas récriminer trois plombes dans les commentaires. Je suis la première à dire qu’il faut du temps pour s’ennuyer/rêver (d’ailleurs cette année les enfants ne sont inscrits qu’au Conservatoire, puisque ma grande de bientôt 11 ans m’a bien fait comprendre qu’ils avaient le droit de glander (comprendre jouer à MineCraft ou autres écrans) une fois sortis de l’école, dont acte. Ils seront aussi nuls en sport que moi, tant pis) mais je ne vois pas ce qu’ils gagnent à avoir une 1/2h de + à traîner dans la cour de récré ou sous le préau… enfin c’est fait quoi !
    Après je trouve parfois dommage qu’il n’y ait plus d’objets fabriqués à l’école (ou même d’écritures de poèmes… c’était pas trop bien ça ??), pour Noël ou la FdM, peut-être parce que ça fait partie de mes souvenirs d’école à moi mais aussi parce que que je trouve que ça devrait faire partie des apprentissages fondamentaux (autant l’éveil à l’art que la valorisation de la création manuelle !). On dirait qu’il n’y en a plus maintenant que pour le français et les maths ; oui c’est essentiel de maîtriser les deux, mais on peut les aborder de bien des façons et justement au travers de ce genre de réalisations, en fait. D’ailleurs de nombreux profs des écoles le font encore (c’est frustrant quand c’est « l’autre » maîtresse que celle de ton gamin 😉 ). Mais c’est vrai, ça tombe en désuétude, et c’est bien dommage. Le programme à boucler, really ? (bizarre alors qu’ils s’arrêtent de bosser, comme tu le soulignes plus loin, UNE SEMAINE avant la fin minimum). Je vais aussi faire ma réac mais de mon temps c’était juste le dernier jour… enfin, tu verras quand ils seront au collège, c’est piiiiiire, je te laisse la surprise 😉
    Bon, pour les fournitures, je dis trop rien mais moi perso les instits d’ici m’ont tou-te-s fait acheter un truc ou un autre alors… ça part d’une bonne intention et en réalité rien n’interdit d’acheter le stylo qui s’efface ou la jolie gomme en forme de chat, ni de se procurer un cartable correct 😉
    Les notes, bon, ça dépend encore selon les profs, m’y suis faite assez vite, les sorties c’est vraiment rageant mais encore ici dans notre très grande ville de banlieue on a la chance d’avoir beaucoup de théâtres/musées et selon la bonne volonté de l’instit (encore !) à se porter volontaire, y a toujours moyen de les bouger. Perso j’ai déjà accompagné mes enfants au théâtre, à la galerie municipale, au MAC/VAL, et je sais qu’ils sont allés sans moi à l’Exploradôme, au ciné, sans oublier la patinoire ou la piscine. Les plus petites villes ont moins de chance de ce point de vue. Ah oui quand même avantage aux écoles du centre ville, la nôtre n’a aucun mérite pour l’Explo ou la Galerie, j’avoue qu’il y a une plus grande trotte de chez vous.
    Les séparations d’avec les copains, je sais pas si c’est une volonté de direction d’école ou un hasard, parce que chez nous mon fils a été séparé systématiquement des amis qu’il se faisait chaque année en maternelle… à l’inverse on semble avoir fait un effort pour qu’il reste avec son pote à l’école primaire, même avant que je me sois inquiétée de son isolement aux récrés. Donc je dis ça peut valoir le coup d’en discuter mais alors bien avant la rentrée, les classes se font déjà en juin je crois….

    Bon j’ai pas abordé tous tes points mais j’en viens à celui qui m’a donné envie de réagir à la base : les DEVOIRS 😀 parce que moi perso ça ne me manquerait PAS DU TOUT s’il n’y en avait pas le soir ! Mais vraiment pas 😀 En plus je trouve que la maîtresse de mon fils en donne vraiment pas mal pour une classe de CE2, et encore, il est plutôt bon élève et va très vite, j’ose pas imaginer ceux pour qui c’est plus difficile. Disons que je suis assez dubitative pour le travail à la maison histoire de dire qu’on a donné du travail : si les notions sont comprises, est-ce que ça sert vraiment ? Alors que je suis tout à fait pour le travail différent à la maison : la lecture, les recherches personnelles, le travail en binôme, les exposés… aller au-delà de ce qui a été vu à l’école quoi ! Mais c’est pas spécifique à l’école primaire, je pense que ça devrait être le cas partout, mais je sens que je vais me faire taper sur les doigts par tous les enseignants qui vont lire ces lignes alors je me fais toute petite d’avance ^^

  • Katrin Acou-Bouaziz
    Répondre

    Mélanie, pour les devoirs je suis d’accord aussi. J’ai juste mis un temps à m’y faire. Je suis une foutue nostalgique ce qui parfois me vaut d’être prise pour une réac. En fait pas du tout. J’évolue même si je chouine sur mes sacs Plein Ciel en papier… Pour le collège tu me fais peur. On verra bien. Pour les travaux manuels j’essaye d’œuvrer à la maison mais ça donne des trucs affreux :) Enfin je ne vais pas tout recommenter. Merci pour tes éclairages qui me font me sentir moins seule. Mais encore une fois : je reste très confiante. La société bouge. Si on s’affole dès que l’école bouge aussi on ne s’en sort pas.

  • Laure
    Répondre

    Comme tu l’as dit, on finit par s’y habituer ! Merci pour ce bel article :).

Un commentaire ?

Billets associés